Le « Requiem » et d'autres œuvres de Mozart et de W. F. Bach
Les Musiciens du Louvre tutoient depuis longtemps le Requiem de Mozart, l’un des chefs-d’œuvre les plus intenses de toute l’histoire de la musique. Le visionnaire Marc Minkowski et son orchestre ont même révélé toute la puissance théâtrale de cette pièce maîtresse au ballet équestre de Bartabas en 2017. Les voici à nouveau sur scène avec leurs instruments d’époque, qui donneront aussi une couleur unique aux deux pièces brèves qui encadrent le monument mozartien.
Depuis plus de quarante ans, Les Musiciens du Louvre incarnent l'excellence de l'interprétation baroque, classique et romantique sur instruments d'époque. Fondé en 1982 par Marc Minkowski, cet ensemble grenoblois s'est imposé comme l'une des formations incontournables du paysage musical international. Si les œuvres de Händel, Purcell et Rameau constituent le cœur historique du répertoire, la formation brille également avec Mozart, Haydn et les compositeurs français du XIXe siècle. L'orchestre se produit par ailleurs sur les grandes scènes lyriques européennes, dont la Scala de Milan, où il a fait ses débuts en 2024. En janvier 2026, Les Musiciens du Louvre étaient déjà les invités de la saison Migros-Pour-cent-culturel-Classics pour un «Gala Offenbach. Il revient dans cette série accompagné de son propre chœur, avec lequel il partage la scène pour de nombreux projets.
Marc Minkowski n'avait que dix-neuf ans lorsqu'il a fondé Les Musiciens du Louvre, ensemble qui a pris une part active au renouveau de la musique baroque. Toujours aussi entreprenant à la tête de son propre orchestre, le chef français est aussi l'invité d'innombrables phalanges symphoniques sur la scène internationale. Ancien directeur de l'Opéra national de Bordeaux (2016-2021), il est également un hôte régulier des grandes maisons d'opéra où il dirige tant des œuvres baroques que des opéras de Mozart ou de compositeurs français du XIXe siècle. Il entretient des liens privilégiés avec la Suisse, que ce soit au gré des tournées des Musiciens du Louvre (janvier 2026) que sur les scènes lyriques (Genève, Zurich). Ancien directeur artistique de la Mozartwoche de Salzbourg, Marc Minkowski est le fondateur du Festival Ré Majeure sur l'île de Ré.
La soprano norvégienne Lydia Hoen Tjore a révélé très tôt ses aptitudes vocales, intégrant à treize ans le programme pour jeunes talents de la Grieg Academy de Bergen. Elle a poursuivi sa formation à Copenhague, devenant l’une des plus jeunes diplômées de l’Académie royale d’opéra. De 2018 à 2020, elle a fait partie du programme «Jeunes artistes» de l’Opéra national norvégien. Lydia Hoen Tjore mène désormais une carrière internationale qui lui permet de se produire tant sur les scènes lyrique que dans le répertoire concertant. Elle participe notamment à de nombreux projets avec les principaux orchestres scandinaves. Son répertoire couvre tant les rôles mozartiens que des œuvres baroques et du XIXe siècle: autant de registres où elle s’impose par sa présence scénique et la clarté de son timbre.
La mezzo-soprano sino-américaine Sun-Ly Pierce s’est formée à l’Eastman School of Music puis au Conservatoire du Bard College. Elle s’est ensuite perfectionnée au «Butler Studio» pour jeunes artistes au Houston Grand Opera et s’est distinguée dans plusieurs concours, remportant notamment le premier prix du Concours Marilyn Horne en 2019. Elle déploie désormais une riche carrière sur les grandes scènes lyriques, qui l’a notamment menée Metropolitan Opera de New York, au LA Opera et au Semperoper Dresden. Sun-Ly Pierce aborde aussi bien le répertoire baroque et classique que la création contemporaine. En septembre 2025, elle a participé à la création de l’opéra The Amazing Adventures of Kavalier & Clay de Mason Bates. Elle se produit aussi avec des orchestres réputés dans le registre symphonique.
Ténor sud-africain originaire du Cap, Lunga Eric Hallam s’est d’abord formé en Afrique du Sud, puis aux États-Unis, où il a intégré le prestigieux Ryan Opera Center du Lyric Opera de Chicago, où il a abordé le répertoire tant classique que contemporain. Sa carrière internationale le conduit désormais sur les grandes scènes lyriques, où il s’impose dans un large répertoire italien et germanique. Il est également très demandé sur la scène de concert, où il collabore notamment avec Nathalie Stutzmann. Artiste complet, il propose également des récitals mêlant lieder, mélodies et chants traditionnels africains, tissant un pont entre les cultures. Il s’est aussi distingué par son engagement citoyen en fondant l’organisation Phenomenal Opera Voices pour promouvoir l’opéra dans sa communauté d’origine.
Formé à la Juilliard School de New York, la basse américaine Alex Rosen a fait ses débuts internationaux avec l’ensemble Les Arts Florissants sous la direction de William Christie. Cette rencontre a marqué le début d’une fructueuse collaboration avec les plus grands ensembles de musique baroque. Spécialiste du répertoire des XVIIe et XVIIIe siècles, Alex Rosen se produit régulièrement en concert avec des formations telles que Pygmalion, Il Pomo d’Oro et le Jupiter Ensemble, avec lesquelles il interprète les chefs-d’œuvre du registre de l’oratorio. À l’opéra, il aborde également les grands rôles baroques, mais aussi des ouvrages contemporains. Passionné par le Lied, le chanteur donne des récitals avec le pianiste polonais Michał Biel, avec lequel il s’est distingué au Concours Hugo Wolf en 2018.
Fils aîné du Cantor de Leipzig, Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784) passe pour être le plus doué de cette fratrie musicale, mais aussi celui qui a connu le moins de réussite au cours de carrière. La musique instrumentale occupe une place centrale dans la production de W.Fr. Bach, qui a notamment développé un style distinctif dans la dizaine de symphonies qu’il a produites. Certaines d’entre elles ont servi d’introduction à des cantates. L’Adagio e Fuga en ré mineur (F. 65) était à l’origine la Sinfonia d’une cantate, dont elle a été extraite pour être jouée séparément. L’œuvre illustre parfaitement le style singulier du compositeur, à la croisée du baroque tardif et d’une sensibilité nouvelle.
C’est l’une des œuvres les plus célèbres de Mozart et, paradoxalement, l’ouvrage qu’il a le moins composé lui-même. Le compositeur a rendu son dernier soupir le 5 décembre 1791, peu après avoir commencé à honorer la commande d’un aristocrate viennois. C’est pour commémorer le décès prématuré de sa jeune épouse que le comte Franz von Walsegg désirait cette messe des morts. Accaparé par ses projets lyriques – La Clémence de Titus et La Flûte enchantée – Mozart a tardé à mettre en route ce Requiem qui est finalement devenu le sien. Il n’a pu composer que l’intégralité des deux premières parties (Introït et Kyrie) et une partie des cinq morceaux suivants (du Dies Irae au Confutatis) avant de succomber à la maladie. Contrairement à la légende véhiculée par le film Amadeus de Miloš Forman, ce n’est pas Salieri qui a noté les dernières notes du Requiem, dictées par Mozart. Son épouse Constance a fait appel à Franz Xaver Süssmayr, un disciple du compositeur, pour compléter l’ouvrage.
Quelques mois avant sa mort, Mozart a composé l’une des œuvres les plus simples et les bouleversantes de toute sa carrière. L’Ave Verum Corpus K. 618 est un court motet composé en juin 1791 pour l’église de Baden, où Constance Mozart séjournait pour des raisons de santé. Destiné à la Fête-Dieu, cette œuvre en ré majeur pour chœur mixte, cordes et orgue met en musique le texte d’une hymne du XIVe siècle avec une grande sobriété. Précédant de peu le Requiem, ces 46 mesures offrent une méditation apaisée et intime, comme un adieu serein.