Œuvres de Dvořák et Brahms
L’un des plus vieux et des plus brillants orchestres au monde: sous la direction de son charismatique chef Andris Nelsons, le Gewandhausorchester Leipzig poursuit cette tradition d’excellence. Gautier Capuçon, star mondiale du violoncelle, l’accompagne pour ce concert qui célèbre deux sommets du répertoire romantique: le poignant Concerto pour violoncelle de Dvořák, imprégné de nostalgie slave, et la grandiose Première Symphonie de Brahms.
Fondé en 1743, le Gewandhaus Orchester Leipzig compte parmi les plus anciennes institutions musicales au monde. Son nom vient de la halle aux tissus transformée en salle de concert en 1781. Felix Mendelssohn, nommé Kapellmeister en 1835, fut le premier chef d'orchestre au sens moderne et établit la réputation européenne de l'ensemble. Une lignée de chefs prestigieux – parmi lesquels figurent Nikisch, Furtwängler, Masur et Chailly – lui ont succédé. Andris Nelsons occupe la fonction de Kapellmeister depuis 2018. Cette formation a joué un rôle majeur dans le développement du répertoire symphonique : l’ensemble des symphonies de Beethoven y a été joué du vivant du compositeur et le premier cycle Bruckner y a été présenté en 1919-20. En 2025, l'orchestre a célébré le 50e anniversaire de la mort de Chostakovitch avec un festival.
Le chef letton Andris Nelsons occupe deux fonctions prestigieuses : chef attitré du Boston Symphony Orchestra depuis 2014, il est aussi Kapellmeister du Gewandhaus Orchester Leipzig depuis 2018. Il a mis à profit ces deux postes pour créer une alliance artistique inédite comprenant des concerts conjoints, des partages de programmes et de commandes, des échanges de musiciens et des projets pédagogiques. L’un des points culminants de cette collaboration était le Festival Chostakovitch présenté en mai 2025 à Leipzig, à l’occasion du 50e anniversaire de la mort du compositeur. Ancien trompettiste dans l’orchestre de l’Opéra national letton, Andris Nelsons s’est ensuite tourné vers la direction, devenant alors l'un des chefs les plus recherchés de sa génération. Ce lauréat de plusieurs Grammy Awards est « Artist in Focus » 2025-26 au Musikverein de Vienne.
Gautier Capuçon est l’un des plus éminents ambassadeurs du violoncelle sur la scène mondiale. Formé au Conservatoire National Supérieur de Paris, puis à Vienne auprès de Heinrich Schiff, il est lauréat de plusieurs concours et se produit comme soliste avec les plus grands orchestres de la scène internationale. Il est également passionné de musique de chambre, qu’il pratique avec des partenaires de premier ordre, dont son frère violoniste Renaud, qu’il a retrouvé en 2025 au Festival de Verbier et aux Rencontres Musicales Évian. Le musicien savoyard contribue en outre à la relève musicale par le biais de la « Classe d’Excellence » qu’il dirige à Paris et de la fondation qu’il a créée. Son souci d’élargir le répertoire du violoncelle le conduit à interpréter chaque saison un éventail de créations, alors que sa vaste discographie a été maintes fois primée.
Dvořák a composé son Concerto pour violoncelle en 1895, peu avant la fin de son séjour américain. Peu auparavant, il avait pourtant déclaré que le violoncelle « ne vaut pas grand-chose comme soliste » ! Ce concerto s’est néanmoins imposé comme l’un des plus beaux du répertoire et a suscité l’admiration de Brahms. Dvořák n’a pas cherché la virtuosité, préférant une œuvre profonde et mélancolique. La fin méditative est un adieu tendre à la belle-sœur et ancienne flamme du compositeur bohémien. Pressenti pour la création, le violoncelliste Hanuš Wihan voulait une cadence brillante, que Dvořák a refusée. C’est donc Leo Stern qui a dévoilé l’œuvre à Londres en 1896, devant un public et des critiques enthousiastes.
Brahms n’avait que vingt ans lorsque Schumann a salué l’arrivée de ce jeune musicien « au jeu tout génial qui fait du clavier un orchestre entier ». Il en avait plus du double lorsque la première de ses quatre symphonies a enfin été créée, fin 1876 à Karlsruhe. Entre-temps, Brahms avait juré qu’il n’écrirait jamais de symphonie, hanté par l’idée de ne pouvoir égaler Beethoven. L’œuvre qu’il a présentée au terme d’une gestation de vingt ans est pourtant d’une richesse exceptionnelle. Le thème du dernier mouvement rappelle L’Ode à la joie de la Symphonie N° 9 de Beethoven, si bien que cette Symphonie en ut mineur a tôt fait d’être surnommée la « Dixième de Beethoven ».